Ça fait un an que Negrito m'a quittée. C'est beaucoup et peu de temps à la fois. J'ai parcouru beaucoup de chemin lorsque je regarde cette année passée. Je ne pleure plus comme une fontaine, même si l'avenir reste incertain. Nuageux, dirait mon psy.
Alors, ce bilan ?
Je me sens mieux sans lui. Ma vie est plus saine, plus simple. Je sais que nous ne serons plus jamais ensemble.
Et il me manque. Terriblement. Je le regarde et je sais qu'il ne m'aime plus. Il est ailleurs. J'ai enfin fini par l'accepter.
Par moment je rechute, j'ai envie qu'il me serre dans ses bras, je le supplierais de revenir à la maison. Mais il n'a plus cette étoile qui brillait dans ses yeux quand il me regardait. Son regard est triste, vide.
Par moment je le regarde, et je me demande comment nous avons fait pour vivre tant d'années ensemble, et faire un enfant. Il reste entre nous cette... complicité, cette tendresse... qui rassure et qui fait mal à la fois. Je me sens juste triste, comme devant un énorme gachis.
Alors je regarde finalement l'avenir devant moi, et non le passé derrière mes petites épaules.
J'ai pris ma décision. Je vais rentrer en France. Plus rien a faire ici : Negrito met sa vie en l'air, sa mère en tombe malade, mon travail n'a aucun avenir, l'éducation pour Petitange est chère et minable (un jour j'écrirai un truc sur l'éducation ici, pour me défouler et vous faire comprendre que l'éducation nationale française finalement n'est pas si mal).
Negrito est venu à la maison, saluer mon frère qui est venu en vacances. Mal à l'aise, il a sorti une bière du frigo (à onze heures du matin) et nous avons discuté un peu sur la terrasse, pendant que mon frère jouait avec Petitange. Je lance vaguement mon idée au milieu de la discussion:
- Je n'ai pas eu de nouvelles suite à l'entretien d'embauche que j'ai passé. Tu sais, je crois que je ne serai pas prise. Et bon... Je pense refaire mon CV et regarder en France.
- Tu vas rentrer en France ?
- Oh ce n'est pas pour tout de suite, mais bon, oui, enfin.. oui, j'y pense. Oui, j'ai envie de rentrer. Je dois trouver un travail d'abord, évidemment. Ca va me prendre du temps, ce n'est pas pour tout de suite.
Je le regarde fixement, le coeur battant. C'est la première fois que je lui dis ouvertement que je veux retourner vivre en France. Avec Petitange, évidemment.
Mais Negrito va avoir une réplique ahurissante. Nerveusement il tire sur sa cigarette et me répond:
- J'espère que tu trouveras du travail dans le sud de la France.
- Pourquoi ça ?
- Parce que comme ça, quand j'irai te voir, je pourrais aller voir les matchs de rugby. Près de Toulouse ce serait bien...
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mardi 21 octobre 2014
mardi 8 juillet 2014
Atterrisage brutal
Les vacances ont été superbes. Petitange est le roi du voyage, après 17 heures de voyage et 6 heures de décalage horaire il reste tranquille, content de voyager.
Il faut s'expatrier longtemps pour se rendre compte que la France est belle, la gastronomie est fantastique, la diversité culturelle est enrichissante, et les français sont plutòt sympathiques. Avec, en prime, la légère sensation que tout est fluide et que tout fonctionne (mis à part la SNCF). Il faut partir longtemps pour sentir à quel point certaines personnes me manquent, combien certaines relations sont importantes. Retrouver certaines vieilles choses, en découvrir de nouvelles. La France m'est devenu un pays presque étranger après 10 ans.
En partant de Paris il faisait 28 degrés. En arrivant au petit matin à Santiago, il faisait 5 degrés. Puis dans ma ville, un petit 12 degrés gris et humide. Avec, à nous attendre à l'aéroport, un Negrito inchangé : content de nous voir, cachant ses émotions, en retard, au volant d'une voiture sale où la musique heavy metal était à fond. Sa conduite me fait toujours battre rapidement des paupières et appuyer fermement les pieds sur le sol, j'avais oublié combien il roule mal et vite.
La routine revient vite, même après un mois de vacances.
Les gestes, le réveil le matin, l'organisation pour l'école...
Negrito, sa famille, ma belle mère...
Les amis, les discussions...
Avec juste cette question lancinante qui revient comme une démangeaison de piqure de moustique : Bordel, mais qu'est-ce que je fous ici, si loin de la France ?
Mon patron m'a appelée une semaine après mon retour. Pour m'annoncer qu'il ne pouvait plus payer mon salaire, les affaires vont mal. Ca, je m'en étais bien rendue compte, vu que je gère les chiffres et les tableaux.
Au choix : ou j'arrête de travailler, ou je continue mais pour la moitié de mon salaire. Temporairement. Peut-être temporairement, en espérant des jours meilleurs, voyez-vous...
Nouvelle qui m'a fait l'effet d'une bonne claque dans la tronche, ou d'un sacré coup de pied au cul. Marrant, ça fait deux fois que je me fais virer au retour de vacances... Second effet de la nouvelle, j'ai ensuite appelé certains amis, ceux qui comptent dans les moments durs, ceux qu'on compte au fil des années sur les doigts de ses mains.
Puis j'ai décidé deux trucs : d'abord je ne vais pas travailler pour la moitié de mon salaire. Je préfère récupérer les indemnités de mon licenciement économique, appelons les choses par leur petit nom. Il va falloir que mon patron fasse le gros chèque qu'il me doit légalement.
Ensuite je prends une semaine pour respirer. Je gère mon stress, je n'appelle personne pour demander du travail, parce que je ne suis pas trop en état pour l'instant. Demander du travail comme un caliméro déprimé "s'il vous plait, j'ai plus de mec, de travail, d'argent, embauchez-moiiii", ça marche pas trop. Je respire...
L'imprévu, c'est Negrito au courant qui appelle tous ses potes pour leur passer mon cv.
Attitude légèrement égoiste de sa part, mais qui a du bon : demain je passe un entretien.
Se motiver, se motiver, se motiver...
Même si l'entretien se passe bien et que je retrouve du travail, la question lancinante revient régulièrement : Bordel, qu'est-ce je fous ici, si loin de la France ?
Il faut s'expatrier longtemps pour se rendre compte que la France est belle, la gastronomie est fantastique, la diversité culturelle est enrichissante, et les français sont plutòt sympathiques. Avec, en prime, la légère sensation que tout est fluide et que tout fonctionne (
En partant de Paris il faisait 28 degrés. En arrivant au petit matin à Santiago, il faisait 5 degrés. Puis dans ma ville, un petit 12 degrés gris et humide. Avec, à nous attendre à l'aéroport, un Negrito inchangé : content de nous voir, cachant ses émotions, en retard, au volant d'une voiture sale où la musique heavy metal était à fond. Sa conduite me fait toujours battre rapidement des paupières et appuyer fermement les pieds sur le sol, j'avais oublié combien il roule mal et vite.
La routine revient vite, même après un mois de vacances.
Les gestes, le réveil le matin, l'organisation pour l'école...
Negrito, sa famille, ma belle mère...
Les amis, les discussions...
Avec juste cette question lancinante qui revient comme une démangeaison de piqure de moustique : Bordel, mais qu'est-ce que je fous ici, si loin de la France ?
Mon patron m'a appelée une semaine après mon retour. Pour m'annoncer qu'il ne pouvait plus payer mon salaire, les affaires vont mal. Ca, je m'en étais bien rendue compte, vu que je gère les chiffres et les tableaux.
Au choix : ou j'arrête de travailler, ou je continue mais pour la moitié de mon salaire. Temporairement. Peut-être temporairement, en espérant des jours meilleurs, voyez-vous...
Nouvelle qui m'a fait l'effet d'une bonne claque dans la tronche, ou d'un sacré coup de pied au cul. Marrant, ça fait deux fois que je me fais virer au retour de vacances... Second effet de la nouvelle, j'ai ensuite appelé certains amis, ceux qui comptent dans les moments durs, ceux qu'on compte au fil des années sur les doigts de ses mains.
Puis j'ai décidé deux trucs : d'abord je ne vais pas travailler pour la moitié de mon salaire. Je préfère récupérer les indemnités de mon licenciement économique, appelons les choses par leur petit nom. Il va falloir que mon patron fasse le gros chèque qu'il me doit légalement.
Ensuite je prends une semaine pour respirer. Je gère mon stress, je n'appelle personne pour demander du travail, parce que je ne suis pas trop en état pour l'instant. Demander du travail comme un caliméro déprimé "s'il vous plait, j'ai plus de mec, de travail, d'argent, embauchez-moiiii", ça marche pas trop. Je respire...
L'imprévu, c'est Negrito au courant qui appelle tous ses potes pour leur passer mon cv.
Attitude légèrement égoiste de sa part, mais qui a du bon : demain je passe un entretien.
Se motiver, se motiver, se motiver...
Même si l'entretien se passe bien et que je retrouve du travail, la question lancinante revient régulièrement : Bordel, qu'est-ce je fous ici, si loin de la France ?
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